Equipe de Recherche sur les Rationalités Philosophiques et les Savoirs (ERRAPHIS)


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Projet scientifique



La politique scientifique de l'ERRaPhiS est structurée autour de 2 thèmes.

   

Thème n°1: "Métaphysiques et Savoirs critiques"


Sous ce thème seront ordonnées entre elles les recherches qui tentent de prendre en considération et d’évaluer le renouveau et la pluralité des métaphysiques contemporaines (les métaphysiques de l’objet, de la relation, le réalisme spéculatif, etc.) en discussion avec les savoirs philosophiques classiques (idéalisme allemand et phénoménologie) ou anciens (métaphysique rhénane) et le contrecoup de ce renouveau sur les sciences humaines et sociales (le tournant ontologique de l’anthropologie post-structuraliste, le relativisme latourien, etc.). Les recherches comprises sous ce thème seront structurées en trois axes :

a. perspectives métaphysiques et épistémologiques sur le concept de nature.

Il s’agit de montrer que le franchissement des limites ontologiques de la pensée classique et critique signifie la fin de l'humanisme comme horizon théorique. Si l'humanisme a joué un rôle majeur dans l'érection de l'humain sur le plan esthétique, moral, politique, il n'est plus en mesure de nous aider à penser un monde qui puisse à nouveau accueillir l'homme. Tant en métaphysique qu'en épistémologie, la nécessité d'une compréhension transversale des êtres s'impose. La recherche porte sur les schèmes de pensée qui émergent de manière similaire en éthologie, anthropologie, biologie, sociologie, épistémologie, et impose de repenser l'articulation des êtres dans un plan de nature illimité. L'enjeu est, d'une part, de penser métaphysiquement la "recomposition" du monde en intégrant les apports extérieurs à la philosophie, d'autre part, de penser épistémologiquement, sur un point précis, la statut de la limite entre inorganique et organique, en faisant l'hypothèse que la « criticité » des systèmes organiques n’y est plus un simple état, mais le cadre même à l’intérieur duquel les phénomènes biologiques sont analysés. Le croisement de la métaphysique intégrative et de l'épistémologie des procédures récursives (permettant de passer d’un espace où la criticité est un état à un espace de criticité) est au cœur des travaux conduits sous la forme d’un séminaire annuel. Cette recherche s’effectue en lien avec le projet AIME de Bruno Latour, avec le GECO de l'Université libre de Bruxelles (Debaise, Stengers), l’IHPST et le groupe « théorie de l’organisme » réuni autour la Chaire Blaise Pascal d’Ana Soto à l’ENS Ulm.

b. philosophie transcendantale et subjectivation critique.

Il s’agit d’interroger la construction problématique du sujet dans les philosophies transcendantales post-kantiennes, dont l’effort principal, contrairement à la représentation abusivement répandue par les néo-réalistes contemporains, est bien de dépasser le schème corrélationiste du partage sujet-objet par une pratique de la métaphysique comme travail de subjectivation critique, d’auto-engendrement dans l’effondrement critique de la certitude du monde naturellement objecté. Une définition pratique de la métaphysique comme réponse à la crise existentielle qui affecte et révèle originairement l’humain comme tel, qui concerne aussi bien la philosophie classique allemande – que la phénoménologie husserlienne et post-husserlienne (Levinas, Maldiney). Sous cet aspect, la constitution même de la Critique comme métaphysique des limites sera rapportée à la crise des limites qui la sous-tend et l’engage dans une mise en flottement (Fichte, Richir) des termes corrélés dans l’évidence naturelle.

c. critique de la Critique.

Est tentée une critique de la modernité critique comme détermination des limites normatives du faisable et du pensable qui n’a pu s’instituer que sur le présupposé d'une universalité auto-centrée, solipsiste et narcissique. Cette réflexion critique sur la Critique s’alimente à différentes sources. A partir d’une caractérisation géophilosophique et contre-anthropologique de la modernité critique occidentale elle tente de formuler le projet d’une critique non réflexive, anti-narcissique et essentiellement hétéronomique, soumise à des topographies polycentrées et même a-centrées, qui n'opposent pas seulement l'universel au particulier, ou l'absolu au relatif, mais qui divisent la prétention à l'universalité et à la rationalité, rendant ainsi l'une comme l'autre équivoques et partant litigieuses (Spivak). Il s’agit, dans la perspective anti-narcissique esquissée par l'anthropologie contemporaine à partir d’une exploitation de la critique deleuzienne (Viveiros de Castro), de confronter les réalisations de la métaphysique occidentale aux métaphysiques des peuples colonisés (métaphysiques amérindiennes, africaines, aborigènes… ), mais aussi aux métaphysiques élaborées prétendument dans la folie (Swedenborg, Hölderlin, Artaud…), afin de dégager ce qui, dans les métaphysiques occidentales, conforte ou défait leur prétention à l’universalité, échappe à la caractérisation qu’en propose unilatéralement la modernité critique.
Dans le cadre de cette même investigation des catégories critiques, une recherche est menée sur le freudo-marxisme de Marcuse dont la pensée radicale et l’œuvre, à la différence de celles des principales figures de l’école de Francfort, ne constitue pas un objet d’études régulières. Cette approche critique de la métaphysique occidentale mobilise également les ressources critiques de la théologie médiévale, et tout particulièrement de la théologie johannique du Verbe afin de construire une autre généalogie de la métaphysique (jusqu’à la phénoménologie de Michel Henry) que celle qui l’enracine dans le logos universel. Un axe de recherches qui mobilisera le Groupe de Recherche Johannique sur la réception philosophique de l’Evangile de Jean en lien avec le projet La Bible et ses traditions (BEST) de l’Ecole biblique et archéologique de Jérusalem (EBAF).

   

Thème n°2: "Emancipations et Créations critiques"


Sous ce thème, en lien étroit avec les recherches conduites sous le thème n°1, il s’agit de tracer d’un point de vue épistémo-politique les différentes lignes de globalisation (de mondialisation) de la critique qui, dans la recherche contemporaine, ont rendu impossible qu’elle se réclame d’une universalité théorique et pratique : globalisation de la critique dans la pensée clinique, globalisation de la critique dans la pensée féministe, globalisation de la critique dans la pensée juridico-politique des frontières territoriales et de la migration… La théorie critique, comme théorie des limites (qui partagent le raisonnable et le fou, le normal du pathologique, le masculin du féminin, l’autochtone de l’étranger, etc.), soumise à un principe décolonial (abandon du primat de l’universalisme de l’occident colonisateur) et postcolonial (apport des modes de pensées des minorités anciennement colonisées), n'est pas séparée d’une interrogation anthropologique concernant la manière dont les sociétés, les populations, créent elles-mêmes leur propre rationalité critique, à travers les formes multiples de leurs pratiques sociales. Par exemple, les questions liées à la clinique et à la psychopathologie confronteront les concepts et les pratiques de la psychanalyse européenne autant aux apports de l’ethnopsychiatrie (autres régimes de diagnostic, d’interaction transférentielle, etc.) qu’aux transformations subies par la théorie et la pratique psychanalytique, née en Europe, dans ses anciennes colonies.
Au cœur des recherches conduites sur ce thème, le séminaire transversal MemoCris créé dans le cadre de l’opération Humanités du LabEx SMS joue le rôle d’un lieu de rencontre des disciplines impliquées dans cette interrogation sur les formes multiples de la rationalité pratique et fonctionne comme structure d’accueil des projets émergents sous ce thème. Initialement centré sur les effets de conjoncture de crises sociales et politiques traumatiques sur les collectifs qui y sont pris, il concentre ses travaux sur la manière dont les minorités œuvrent à leur réappropriation identitaire, symbolique, affective et imaginaire, en contexte post-colonial, notamment à travers des dispositifs plastiques et artistiques, et sur ce que ces dispositifs peuvent apporter à une entreprise de décolonisation de la pensée occidentale. On s’interroge ainsi sur la manière dont peuvent être analysées les opérations par lesquelles s’enchevêtrent, dans le travail plastique du texte et de l’image, la violence et la contre-violence, le refoulement et l’anamnèse, la distanciation et la reconstruction d’identités collectives irréductiblement ambiguës (E. Balibar, I. Wallerstein).
Dans cette perspective l'ERRaPhiS organise, afin d’amorcer une approche de la littérature comme enjeu et lieu de subjectivations renouvelées et émancipatrices, un séminaire consacré, sous le titre « Lectures : fêlures et réparations » (en partenariat avec LLA-CREATIS), aux modalités créatrices des lectures minoritaires et dominées pour autant qu’elles échappent à la production académique de connaissance et ne sont interprétatives que dans la mesure où elles sont le lieu de subjectivations labiles et précaires. Un séminaire et une série de Journées d’études sont, par ailleurs, programmées en coopération avec les occitanistes de l’UT2J (CLLE-ERSS et PLH), sous l’intitulé « Le colonialisme intérieur », afin de donner un sens conceptuel et critique à la métaphorique coloniale dans la littérature, la chanson et la poésie occitane et d'examiner ce que les théories post-coloniales et la décolonisation des savoirs peuvent apporter pour repenser la « question occitane ». Cette ouverture sur le domaine des Arts et Lettres des problématiques portées par l’ERRaPhiS prend également la forme d'unséminaire consacré à la pratique performative de la philosophie mobilisant les arts de la scène et les arts audio-visuels en partenariat sous convention avec la résidence d’artiste « L’Usine » (Tournefeuille), dans le prolongement du séminaire doctoral « Ajaso » sur la « philo-performance » mené en 2013 dans la perspective du colloque International « Théâtre, Performance, Philosophie » organisé à la Sorbonne en juin 2014, afin d’expérimenter une voie de production et d’expression philosophique (y compris textuelle) autre que celle de l’exposition académique dominante.





 


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