Equipe de Recherche sur les Rationalités Philosophiques et les Savoirs (ERRAPHIS)


du 18 novembre 2016 au 17 décembre 2016


collaboration ERRaPhiS - LLA-CREATIS

Séminaire
"Identité(s) de l'artiste"

 
Séminaire organisé en collaboration entre LLA-CREATIS (Muriel Plana, Frédéric Sounac, Pierre-Yves Boissau) et ERRaPhiS (Anne Coignard).

Argumentaire et appel à communications

Dans le prolongement des travaux accomplis depuis deux ans au sein de l'équipe LLA-CREATIS, lors du séminaire « Esthétique et politique du trouble : corps, identités, sexualités », ce nouveau séminaire se propose d’examiner la figure de l’artiste. Cette dernière, aujourd'hui, semble moins stigmatisée que sacralisée : on notera dans certains programmes médiatiques à large audience (The Voice, Top Chef), la permanence d’un « inconscient romantique » où sont valorisés la vocation, le génie, la souffrance, la figure du maître… Des idées aussi abstraites, différentes, parfois contradictoires mais à connotation désormais « positive », telles que célébrité, énergie (sexuelle), passion, sensibilité, spontanéité, adaptabilité, originalité, ludisme ou créativité lui sont associés, au point que l’artiste semble appartenir (et peut lui-même croire appartenir) à une « humanité supérieure ». Autant de « valeurs » à la mode, qui paraissent liées à l’artiste et à son champ d’activité, que d’autres sphères, réputées plus austères, importent aujourd’hui, dans les pratiques et dans les discours, telles que les sphères de l’entreprise (théâtre appliqué), de la philosophie (philo-performance), de la psychanalyse (du psychodrame à la théorie lacanienne), voire des sciences dures (théâtre et neurologie, théâtre et écologie…). L’artiste peut être, sauf exceptions médiatisées, socialement et économiquement plutôt mal traité, il bénéficie à l’âge postmoderne d’une bien meilleure image que le « bourgeois » mais aussi que l’homme politique, l’intellectuel, le savant ou le chef d’entreprise. Il apparaît (notamment à travers l’évolution de la figure de la vedette, puis de la « star ») comme un modèle d’identification nimbé de prestige pour la jeunesse des classes favorisées comme défavorisées. Mais à quoi s’agit-il précisément de s’identifier ? L’expression, ici utilisée, d’inconscient romantique, à être prise littéralement, laisse entrevoir une origine plurielle de la figure géniale qui prend son essor dans les arts, la philosophie ainsi que la psychanalyse. Or, la persistance d’une telle ascendance va peut-être de pair avec l’insistance d’une dépolitisation de l’art et de ceux qui y participent.

Les discours qui entourent l’artiste, qu’ils soient eux-mêmes artistiques ou non, méritent, dans ce contexte, d’être systématiquement explorés, soupçonnés, critiqués et relativisés. Ils ne peuvent l’être de façon rigoureuse et satisfaisante qu’à travers une recherche collective et la plus interdisciplinaire possible. En effet, les discours qu’une société donnée (par exemple occidentale ou européenne) tient sur l’artiste en général (réel ou fantasmé) mais aussi sur l’artiste particulier, praticien ou professionnel d’un art donné, d’un art supposé de création ou supposé d’interprétation, d’un art supposé majeur ou supposé mineur, sur le poète, l’acteur, le compositeur, le musicien, l’écrivain, le danseur, le circassien, le cinéaste, le plasticien, le metteur en scène (le choix ou l’évolution de la terminologie est aussi, du reste, très révélatrice), sont susceptibles de nous éclairer non seulement sur sa conception de l’art mais aussi sur la place que cette société accorde ou non à l’expression de soi, à la valorisation du corps, à la création individuelle ou collective, sur la définition qu’elle donne de la « vie bonne », voire sur l’idée qu’elle se fait de l’humain. Objet de fantasmes, d’identifications sociales et de définitions instables à travers l’histoire, métaphore socio-économique (le cadre d’entreprise doit être aujourd’hui peut-être plus « créatif » que « compétent »), à travers la problématique de son identité en général (par rapport au « non-artiste ») et des identités qui lui sont associés (ce qu’on présuppose qu’il est en termes de genre, de « race », d’orientation sexuelle, de nationalité, de classe, de capital culturel, voire de psyché ou de tempérament), l’artiste doit faire l’objet d’une étude associant approches esthétiques (permettant d’identifier les liens entre formes, supports, types de discours et contenus idéologiques) et approches issues des sciences humaines (permettant d’historiciser, de contextualiser, de critiquer politiquement ces discours) sur des corpus de discours littéraires, artistiques, médiatiques et scientifiques.

Il ne s’agit bien sûr pas d’établir ce qu’est l’artiste de toute éternité, mais de se demander à partir de quel moment on utilise le terme d’artiste, à quelles conditions on le fait, selon quels critères, et d’étudier les identités qui sont le plus systématiquement attachées, à tel moment et dans tel contexte (géographique, culturel, social) à sa représentation, consciemment ou inconsciemment, dans différents discours institutionnalisés, ayant donc valeur d’objets publics et sociaux. L’objectif de ce séminaire est de bâtir une série d’hypothèses de travail, d’ensembles thématiques ou problématiques, de réunir les forces interdisciplinaires indispensables à l’appréhension d’un tel objet. Les disciplines artistiques et scientifiques (sciences de la communication, études théâtrales, chorégraphiques et circassiennes, musicologie, arts plastiques, littérature générale et comparée, philosophie, ethnologie, sociologie, psychologie, psychanalyse, études de genre, études queer...) devront ainsi croiser leurs approches et leurs méthodologies dans un esprit de complémentarité.

En traquant les présupposés enracinés ou les stratégies idéologiques actives dans les représentations de l’artiste et de ses identités et en étudiant les formes de ces représentations tant à l’intérieur des oeuvres (dispositifs compositionnels, narratifs, poétiques, dramaturgiques, voix, points de vue, étude de personnages, thématiques dominantes, autoreprésentations et performances de soi…) qu’à l’extérieur des oeuvres et relevant alors du paratexte et de la réception (discours des artistes sur eux-mêmes ou sur d’autres artistes, mises en scène de soi « en artiste » dans les médias, discours critiques, discours médiatiques et discours des sciences humaines prenant l’artiste pour objet, exemple, modèle opératoire ou concept…), on s’attachera non seulement à l’objet artistique - l’oeuvre comme entité à la fois autonome et formant lien entre son producteur et son récepteur - mais à la relation ou expérience artistique dans sa globalité. L’approche favorisée dans ce séminaire ne relève donc pas dans son principe d’une philosophie ou d’une sociologie spécifiques, mais d’une esthétique et d’une politique générales et comparées – afin de donner lieu à un savoir synthétique impossible à produire dans les limites d’une discipline universitaire existante.

Plusieurs pistes, dans ce cadre général, peuvent être envisagées, et ont vocation à servir de support, sans aucun esprit d’exhaustivité, à des propositions de communication :
  • Étude des discours et représentations médiatiques : comment s’y déploient la valorisation de l’accomplissement de soi par la créativité, comment s’y orchestre, sous l’apparence de la  nouveauté, le maintien de l’art comme sphère sacrée et séparée, apolitique ? Ne peut-on y déceler la rémanence d’un imaginaire romantique, de conceptions implicitement théologiques ?
  • Étude des représentations sociales : l’artiste est-il aujourd’hui perçu comme un professionnel, un artisan, un spécialiste, un transdisciplinaire, un créateur, un créatif, un performer, un génie, un marginal, un dominant, un médium, un communiquant… ? L’artiste désigne-t-il une personne, une possibilité humaine, une dimension de la pratique ? Est-on exclusivement artiste, ou a-t-on une dimension artiste, de telle sorte que l’art pourrait aussi venir s’ajouter à toute activité ? Quels sont présupposés ou finalités (idéologiques, politiques) qui interfèrent avec ces définitions et désignations ?
  • Reproduction / Subversion : En quoi l’artiste (comme mythe, personnage réel ou fictif ou encore concept) est-il utilisé comme représentation (symbole et cliché) d’identités implicites (de sexe, de genre, de race, de nationalité…) et peut-il reconduire des discours normatifs sur ces identités ? Comment peut-il, à l’inverse, et dans certains cas, subvertir ces identités ou créer de nouvelles identités ? Comment l’artiste et les valeurs qu’il cristallise traversent-ils les frontières ? Retrouve-t-on les mêmes schèmes partout ou plusieurs espaces se dessinent-ils ? Constate-t-on une uniformisation progressive de cette figure ?
  • Identités / Genre : comment et pourquoi présuppose-t-on le genre de l’artiste, sa sexualité ? L’artiste « contemporain » par excellence n’est-il pas prédéfini dans l’imaginaire collectif comme un homme blanc féminin, voire, à la limite, une femme blanche masculine (ou asexuée) plutôt que comme une femme noire féminine ? En quoi ces représentations « dominantes » ou « minoritaires » de l’artiste dépendent-elles du milieu socio-culturel ou du régime de valeur (art populaire/art savant) dans lesquels elles s’inscrivent ?
  • Généalogies : comment l’artiste se fabrique-t-il comme modèle ou contre-modèle social et/ou psychologique à certaines époques, dans certains milieux, dans les cultures et sociétés européennes ; comment se fabrique-t-il, aux mêmes époques, dans des milieux comparables, dans d’autres cultures et sociétés ? Quel rôle accorder à la transmission - scolaire et universitaire – dans la formation d’un imaginaire collectif qui rend disponible une certaine figure de l’artiste ? Comment cette figure de l’artiste est-elle informée au sein des diverses disciplines, des divers discours, qui la prennent comme objet ? Et comment les discours les plus autorisés sont-ils aux prises avec un ou des fantasmes d’artistes ?
  • Corps et régime d’art : qu’en est-il du corps même de l’artiste, dans un monde où le corps semble devenir de plus en plus objet, et particulièrement objet d’art (body art, modifications corporelles…) ? Assiste-t-on à une confusion tendancielle de l’artiste avec l’oeuvre d’art ?

Le programme est encore ouvert. Les propositions de communication, qui peuvent ou non se référer directement aux pistes évoquées ci-dessus, pourront être adressées aux adresses électroniques
suivantes : boissau@univ-tlse2.fr, anne.coignard@univ-tlse2.fr ; planamuriel@gmail.com ; fredericsounac@gmail.com

L'argumentaire est disponible, aussi, en pièce jointe.

Calendrier des séances :
  • vendredi 18 novembre 2016,
  • vendredi 16 décembre 2016,
  • vendredi 3 février 2017,
  • vendredi 10 mars 2017,
  • vendredi 21 avril 2017,
  • vendredi 2 juin 2017.
Horaire des séances : 14h-17h

Nous espérons vous retrouver nombreux autour de ce nouveau projet !
Lieu(x) :
Toulouse - 56 rue du Taur
Salle Diderot (3e étage, au-dessus de la Bibliothèque d'Etudes Méridionales)
Partenaires :
LLA-CREATIS

Documents à télécharger :

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