Journées d'études « La philosophie sociale entre France et Allemagne, 18è-20è siècles »

Publié le 8 juillet 2013 Mis à jour le 15 octobre 2014
du 30 novembre 2007 au 1 décembre 2007

Lieu : Université de Toulouse, Organisateur : Franck Fischbach (Toulouse) et Eliane Martin-Haag (Toulouse).

Ces journées d’études, consacrées à la philosophie sociale entre France et Allemagne, seront, à l’Université de Toulouse Le Mirail, les premières de l’axe « Philosophie sociale » et elle joueront un rôle introductif aux travaux qui seront menés autour de cet axe durant les trois années que durera le programme ANR "Subjectivité et Aliénation". Elles sont organisées par Franck Fischbach et Eliane Martin-Haag. 

30 novembre - 1er décembre 2007 | Maison de la Recherche | Université Toulouse Le Mirail.

Argumentaire : 
 

Au point de départ du projet de cette journée de recherches, il y a plusieurs constats.

D’abord, le constat du fait que, si le terme même de « philosophie sociale » est une invention française contemporaine de la Révolution française, et si les fondements de cette « philosophie sociale » ont été posés par les œuvres de Rousseau, de Saint-Simon et d’Auguste Comte, ce n’est cependant pas en France que la « philosophie sociale » s’est imposée comme une tradition philosophique à part entière. C’est au contraire outre-Rhin que la « philosophie sociale » est instituée comme une véritable discipline philosophique, notamment à l’Université où elle est enseignée en tant que telle.

Ensuite, le constat du fait que la « philosophie sociale » a été l’objet d’un transfert initial entre la France et l’Allemagne, mais qu’elle n’a plus constitué ensuite le lieu d’échanges entre les deux pays : le transfert initial est celui qui a eu lieu entre 1835 et 1845 dans la rencontre entre la tradition saint-simonienne française et la tradition jeune-hégélienne allemande, les années 1844-45 – avec la présence à Paris des Ruge, Hess, Engels et Marx – pouvant être considérées comme celles durant lesquelles la « philosophie sociale » française a véritablement fécondé la pensée allemande en rencontrant en elle des esprits formés aux écoles de Hegel et de Fichte. Mais, après, plus rien, ou presque : en France, la période qui s’ouvre après l’échec de la Révolution de 1848 et la restauration de l’Empire marque la défaite historique de la « philosophie sociale » et la victoire du spiritualisme philosophique – de sorte que lorsque la « philosophie sociale » renaît avec les débuts de la IIIè République, c’est en tant qu’adversaire déclaré de la philosophie et sous le nom de « sociologie » (cette sociologie étant d’ailleurs elle-même marquée de l’empreinte du spiritualisme auquel elle s’oppose, notamment en ce qu’elle part de l’hypostase de la « société », là où la philosophie sociale allemande – plus fidèle à Saint-Simon – privilégie les « rapports sociaux »). Côté allemand, la situation est très différente. La « philosophie sociale » y prend des formes multiples, variées et antagonistes, selon les traditions philosophiques qu’elle rencontre et qui se la réapproprient : la filiation nietzschéenne (Simmel, Tönnies, Weber, Jünger), la tradition néo-kantienne (Stammler, Vorländer, Natorp puis Cassirer), l’école phénoménologique (des précurseurs – York, Dilthey – jusqu’à Husserl lui-même et, sinon Heidegger, du moins ses élèves Marcuse et Arendt) et, enfin, la descendance jeune-hégélienne et marxienne avec les fondateurs de l’Ecole de Francfort (Horkheimer, Adorno, mais aussi Benjamin). Ces différentes versions de la « philosophie sociale » n’ont véritablement trouvé d’écho en France qu’après 1945, sans d’ailleurs que le terme même de « philosophie sociale » ne soit employé : les différentes versions (néo-kantienne, nietzschéenne, phénoménologique, hégéliano-marxienne) de la « philosophie sociale » ont été reçues, transformées et souvent mêlées les unes aux autres dans les œuvres de Kojève, Bataille, Aron, Merleau-Ponty, Sartre, Althusser, Foucault et Deleuze.

Au bout du compte, l’histoire de la « philosophie sociale » entre la France et l’Allemagne est très largement l’histoire d’une série de malentendus : en témoignent à la fois la découverte pour le moins tardive par Foucault d’un possible lien entre sa propre entreprise et la tradition de la théorie critique de l’Ecole de Francfort, ainsi que les leçons données par Habermas au début des années 80 au Collège de France, où il attaque sévèrement le nietzschéanisme et l’irrationalisme de la « philosophie sociale » française d’après-guerre. Notre journée d’études voudrait participer – notamment par les éclairages historiques qu’elle est susceptible d’apporter – à la dissipation de ces malentendus entre les traditions française et allemande de « philosophie sociale ». Elle voudrait aussi témoigner du fait que l’appellation de « philosophie sociale » recouvre l’un des champs les plus dynamiques de la philosophie aujourd’hui, celui où elle trouve à s’affirmer comme une entreprise indissociablement théorique et pratique, dans la mesure où ce qu’elle prend pour objet – les rapports sociaux – ne désigne pas pour elle seulement un objet théorique d’investigation, mais aussi un espace dont elle est elle-même partie prenante et à la transformation duquel elle participe activement.

Franck FISCHBACH.

Programme :

Vendredi 30 novembre 
- 9h30 : Franck Fischbach : Qu’est-ce que la philosophie sociale ? 
- 10h : Eliane Martin Haag : De l’opinion publique selon Rousseau à l’idéologie selon Marx. 
- 11h : Geraldine Lepan : Cassirer lecteur de Rousseau. Critique d’une interprétation kantienne
- 14h : Philippe Buetgen : Société et événement : interpréter la Réforme en France et en allemagne (1817-1843) 
- 15h : Hans-Christoph Schmidt am Busch : Saint-simonisme et hégélianisme.

Samedi 1er décembre 
- 9h30 : Emmanuel Renault : La question de la reconnaissance dans l’Etre et le Néant. 
- 10h30 : Jean-Marie Vaysse : Georges Bataille : négativité, économie, dépense.