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Métaphysique et connaissance testimoniale Une lecture figurale du «Super Iohannem» (Jn 1, 7) d'Albert le Grand

Publié le 21 janvier 2020 Mis à jour le 26 juin 2020
le 21 janvier 2020

Julie Casteigt (Peeters, Eckhart: Texts and Studies, 11, 2019)

Cet essai vise à mettre au jour le mode de connaissance du principe qu’Albert le Grand déploie, dans son commentaire johannique, comme réponse à l’aporie des philosophes. Il formule celle-ci à propos du verset Jn 1, 7: «Et, bien qu’en elle-même elle (la lumière) soit très manifeste, cependant, notre intellect est, par rapport à elle, comme les yeux de la chauve-souris par rapport à la lumière du soleil». C’est à partir de la notion de témoignage, dans laquelle il reconnaît la structure même de l’Évangile de Jean, que le maître de Cologne développe la connaissance testimoniale comme voie vers le principe, alternative à la métaphysique. Cette enquête procède à partir des questions suivantes.
Du point de vue noétique, comment Albert de Cologne réélabore-t-il la notion de médiation à l’œuvre dans le modèle péripatéticien qui propose de parvenir au principe selon la gradation des sciences physique, mathématique et métaphysique? Il reconnaît, dans la connaissance testimoniale et dans la métaphysique, l’homologie structurelle de la manuduction: toutes deux commencent par les données des sens et de l’imagination qui conduisent l’intellect «par la main» vers le principe divin.
Du point de vue anthropologique, en quoi la connaissance testimoniale constitue-t-elle le mode de connaissance du principe adapté à l’intellect humain en tant qu’il est conjoint aux sens et à l’imagination, et non pas en tant qu’il en est séparé? C’est en ce qu’elle s’adresse à l’intellect humain, en tant qu’il est humain, que la connaissance testimoniale diffère de la métaphysique. Elle demeure dans le milieu, ou la médiation, des images.
Du point de vue herméneutique, le Docteur universel nomme intelligentia figuralis le mode d’interprétation spécifique des images du principe. S’agit-il d’un art ou d’une science?
Du point de vue métaphysique, en érigeant la notion de témoignage en point focal de sa lecture du quatrième évangile, Maître Albert élabore de manière spécifique le concept de médiation dans le contexte johannique. Comment se caractérise cette spécificité par rapport à ce qu’il développe dans ses commentaires aristotéliciens et dionysiens, notamment? En retour, la notion johannique de témoignage est radicalement réinterprétée à la lumière de la théorie cosmologique gréco-arabe de la médiation qu’est le vase de lumière. Qu’en ressort-il quant à la lecture albertienne de l’Évangile de Jean?
Le bénéfice de cet essai philosophique consiste à étudier la notion de médiation à partir d’une micro-lecture du verset Jn 1, 7, en mettant en lumière le réseau textuel auquel elle appartient ainsi que la manière transversale dont cette notion circule dans toute l’œuvre d’Albert le Grand – dans le corpus aristotélicien, dionysien, scripturaire – et dans tous les champs de sa pensée – métaphysique, théologique, ontologique, noétique, physique, cosmologique, biologique, minéralogique...