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Séminaire interdisciplinaire doctoral allpha "Nouvelles mythologies et expérimentations narratives"

Publié le 15 décembre 2018 Mis à jour le 15 décembre 2018
du 18 décembre 2018 au 12 mars 2019 Toulouse - Campus du Mirail

Le 18 décembre 2018 de 14h à 17h en salle Salle F315 (Maison de la Recherche), Université Jean-Jaurès, Toulouse. Le 25 janvier 2019 de 09h à 12h en salle Salle F315 (Maison de la Recherche), Université Jean-Jaurès, Toulouse. Le 19 février 2019 de 14h à 17h en salle Salle F315 (Maison de la Recherche), Université Jean-Jaurès, Toulouse. Le 12 mars 2019 de 14h à 17h en salle Salle F315 (Maison de la Recherche), Université Jean-Jaurès, Toulouse.

Programme :
Comment et pourquoi raconter des histoires, de nouveau, aujourd’hui ? Après que les Mythologies de Roland Barthes (1957) ainsi que La Condition postmoderne de Jean-François Lyotard (1979) ont amorcé une méfiance pour les récits et les mythes, accusés d’être forcément globalisants et promoteurs d’une idéologie dominante, vouée à cristalliser l’ordre social, ne serions-nous pas en train d’amorcer un nouveau mode de rapport à la narration, qui rendrait à nouveau possible d’articuler des histoires, d’autres histoires ? Ce retour de la narration et du mythe s’affirme aujourd’hui comme une tendance marquée dans les arts et les sciences humaines et sociales (SHS). Sommes-nous devenus des post-post-modernes ? Ou n’avons-nous jamais été (post-)modernes ? Doit-on tirer un trait sur le concept de « post-modernité » et reconnaître que nous sommes entrés dans un nouveau paradigme de société et de pensée ?
Jean-François Lyotard montre que la société a longtemps tiré la légitimité de son organisation et de ses institutions dans les grands récits (par exemple, le récit des Lumières qui oriente l’humanité sur le chemin de l’émancipation). Mais dès le virage postmoderne qui s’accentue dès la fin des années 1950, la société vit une mise en « crise des récits » . En philosophie, la perte d’un dispositif narratif coïncide avec l’abandon d’une interprétation métaphysique du monde.
Sur le plan historique, une telle méfiance est repérable à la fois dans les pratiques artistiques d’avant-garde (citons les arts plastiques non figuratifs qui se détournent d’une quelconque représentation de la réalité et le théâtre postdramatique qui signe l’éclatement et la déconstruction de la fable, au profit d’une organisation hétérogène et rhapsodique, comme le théorise Hans Thies Lehman dans Le Théâtre post-dramatique) mais aussi dans les travaux de la sémiologie (au-delà des Mythologies de Roland Barthes, on évoquera, par exemple, Le mythe de Superman élaboré par Umberto Eco en 1962) ou de la philosophie (on pensera notamment à la critique du mythe dans La Dialectique de la raison d’Adorno et Horkheimer ainsi qu’aux travaux de Walter Benjamin). Une méfiance à entendre comme la réponse des artistes et des intellectuel.les aux dérives politiques et culturelles produites par la société de consommation.
Pourtant, malgré ce contexte de déconstruction, peu à peu, les artistes se sont remis.es à raconter des histoires, fussent-elles fragmentaires ou localisées ; tandis que les théoriciens ont réinvesti la notion de mythe, en lui ôtant ou, du moins, en mitigeant sa dimension normative et idéologique. Plus encore, le récit est aujourd’hui en voie de (re)devenir un outil épistémique majeur dans la recherche en sciences humaines et sociales. Ainsi, si elle n’a pas été complètement abandonnée, la posture critique vis-à-vis des mythes et des récits a été en quelque sorte renégociée au profit d’une vision plus constructiviste : les histoires que l’on raconte et les mythes que l’on fabrique sont progressivement réhabilités dans leur dimension politique, en devenant parfois le lieu même de revendications au sein de la société contemporaine.
Dans cette perspective, le mythe n’est plus (seulement) une parole dépolitisée, au sens de Roland Barthes, mais (aussi) profondément repolitisée. C’est le statut de ces nouvelles pratiques d’écriture du contemporain qu’il s’agira d’interroger, comme objets d’étude mais aussi comme matrices de la réflexion théorique.
Le séminaire développera quatre perspectives sur la question des mythologies et des nouvelles pratiques narratives : les études théâtrales, les arts plastiques, la sémiologie et la philosophie. Loin de cloisonner ces perspectives, il cherchera à montrer la nécessité de les faire dialoguer afin de revitaliser les rapports théoriques et pratiques à la narration et aux mythologies.
 
Séance 1 ---> MARDI 18 DECEMBRE 2018 : axe Sémiologie, avec Giuseppina SAPIO (LERASS)
En 1970, dans l’introduction aux Mythologies, écrites entre 1954 et 1956 et publiées en 1957, Roland Barthes affirme que la sémiologie est une sémioclastie, sa mission étant celle de déconstruire, dénaturaliser et repolitiser la parole (dépolitisée) du mythe.
Ainsi, en élaborant sa définition de mythe, le sémiologue en souligne le caractère a-historique, sa logique de l’évidence : celui-ci diffuserait une vision du monde, culturellement et historiquement située, mais se présentant comme « allant de soi », naturelle ; en d’autres termes, une vision du monde imprégnée d’une idéologie qui se veut anonyme, mais qui est, en réalité, profondément bourgeoise. Entre 1972 et 1976, dans un texte sur Bertolt Brecht et le discours, la sémiologie souhaitée par Roland Barthes devient une sismologie, une pratique de la secousse, visant à craqueler la « croûte des langages » : le processus de figement propre à la fabrication de mythes se doit donc d’être ébréché. Or, qu’en est-il de la sémiologie aujourd’hui, de ses « secousses » ? Quels sont les mythes contemporains ? Quelles « histoires » nous racontent-ils ? Croit-on, toujours, encore, à ces récits qu’on nous raconte, qu’on se raconte (P. Veyne, F. Lambert) ? À partir d’un corpus de textes et d’images médiatiques, il s’agira de comprendre comment le politique s’inscrit dans les mythologies contemporaines et dans quel but : cristalliser l’ordre du monde ou, bien, le subvertir ? Pour cela, notre sémiologie (critique) aura l’objectif de saisir comment certains sujets d’actualité (immigration, violence de genre, mobilisations collectives, etc.) sont façonnés par les récits mythologiques que les sociétés fabriqunt à travers les médias.
 
Séance 2 ---> VENDREDI 25 JANVIER 2019 : axe études théâtrales, avec Flore GARCIN-MARROU (LLA-CREATIS)
Alors que le théâtre post-dramatique des années 1990-2000 s’est construit sur la chute des grands récits, telle qu’elle avait été théorisée par Jean-François Lyotard dans La Condition postmoderne, le théâtre ultra contemporain convoque de nouveau de manières multiples le récit, qu’il soit récit documentaire, récit fictionnel ou récit science-fictionnel – comme si le théâtre, après avoir subi les assauts de la déconstruction, lui demandant de passer outre ce qui le constitue, à savoir la théâtralité (l’enjeu sera de définir ce qu’elle est, aujourd’hui), renouait ce besoin d’histoire à raconter. De quels types relèvent ces nouvelles histoires ?
Corpus : Cette séance mettra en perspective notamment les deux textes publiés la collection Nouvelles Scènes francophones des Presses Universitaires du Midi, créée en 2016 consacrée aux fictions dramatiques, aux réécritures de mythes et de contes, d'écritures du document et de l'enquête (Pascaline Herveet, Les Petits bonnets, 2017 ; Samuel Pivo, Loin de Delft, 2017) mais également les écritures de Wajdi Mouawad et Falk Richter.

Séance 3 ---> MARDI 19 FEVRIER 2019 : axe Philosophie, avec Aline WIAME (ERRAPHIS)
La philosophie contemporaine s’est très majoritairement méfiée des mythes, notamment sous l’influence de la théorie critique (voir la déposition du mythologique chez Benjamin ou la démythologisation chez Adorno et Horkheimer). Elle n’a toutefois jamais cessé de s’intéresser au potentiel épistémologique et politique de l’écriture littéraire (Deleuze, Macherey, Rancière, Nussbaum, …) tout en refusant le pouvoir globalisant des grands récits (Lyotard). Aujourd’hui, sous l’effet, entre autres, de l’ouverture de la philosophie aux sciences sociales (par exemple le tournant ontologique de l’anthropologie), les cartes sont rebattues : la philosophie se reconfigure sous l’influence des mythes non-occidentaux (Viveiros de Castro) et la situation de crise écologique mène des théoricien.ne.s (Latour, Haraway, Tsing) à placer la question des dispositifs narratifs au coeur de leurs interrogations. Que disent mythologies et récits contemporains du rôle de la philosophie aujourd’hui ? Peut-on considérer que les expérimentations narratives ne sont pas seulement des objets pour la philosophie, mais font partie intégrante de sa pratique et de son écriture ?
 
Séance 4 ---> MARDI 12 MARS 2019 : axe Arts plastiques, avec Aurélie HERBET (LLA-CREATIS)
Si les mythes abondent en Histoire de l’art, la crise des grands récits s’affirme avec les Avant-garde , période artistique lors de laquelle les artistes n’ont plus pour dessein de « raconter des histoires » mais bien de se nourrir du réel afin s’en affranchir. Une grande partie des arts contemporains est encore empreint de cette idéologie. Néanmoins, depuis les années 1970-1980, certains artistes (Boltanski, Messager, Le Gac, Garouste) ont de nouveau recours aux récits tout en cherchant à en renouveler leur forme selon de nouvelles modalités plastiques (installations, rapport entre texte et images, etc.). Pour ces artistes, le mythe constitue tant un objet esthétique qu’un outil idéologique, qu’il s’agit de déconstruire et de reconfigurer. Cette séance s’appuiera sur un corpus de pratiques artistiques se référant aux fictions canoniques (inscrites dans les champs de la littérature, du théâtre et du cinéma) tout en cherchant à mettre en crise la narration via différentes opérations plastiques (fragmentation, démultiplication, etc.). Il s’agira de s’intéresser aux moyens plastiques mis en oeuvre par l’artiste nous délivrant, entre éléments factuels et fictionnels, une vision subjective et singulière du monde. Ainsi, comment définir le récit au sein de ces pratiques ? Comment ces artistes renouvèlent-ils les pratiques narratives aujourd’hui ? Par quels moyens plastiques ?
 
Le séminaire se déroule sur 4 séances qui suivent une progression et qui sont complémentaires. Il est vivement conseillé d’assister à toutes les rencontres afin que le dialogue et les échanges aient lieu en continu
Calendrier
Séance n° 1 Date : 18-12-2018 Horaire : 15h00 à 18h00 Lieu : UT2J - Maison de la Recherche - Salle F315 (aile F, 3e étage)
Séance n° 2 Date : 25-01-2019 Horaire : 9h00 à 12h00 Lieu : UT2J - Maison de la Recherche - Salle F315 (aile F, 3e étage)
Séance n° 3 Date : 19-02-2019 Horaire : 14h00 à 17h00 Lieu : UT2J - Maison de la Recherche - Salle F315 (aile F, 3e étage)
Séance n° 4 Date : 12-03-2019 Horaire : 14h00 à 17h00 Lieu : UT2J - Maison de la Recherche - Salle F315 (aile F, 3e étage)