Projet scientifique

ERRAPHIS organise ses recherches et activités autour de 3 axes principaux :

1. La modernité en question: corpus, héritages et conflits des modernités

Il s’agit de rassembler dans cet axe les travaux d’histoire de la philosophie qui sont menés au sein de l’équipe, en portant attention aux approches critiques : qu’il s’agisse des historiographies antagoniques en philosophie, des dialogues diachroniques et/ou entre des disciplines, des usages de l’histoire, de l’étude des circulations des textes et des idées, de leurs traductions, de leurs trahisons, de la généalogie et de l’ontologie des sources et archives, des corpus et donc de leurs matérialités, frontières, ombres et marges, ou du recentrement des perspectives historiques et philosophiques depuis les modernités minoritaires ou extra-européennes, depuis la philosophie Africana.
De plus, comme les savoirs philosophiques classiques (grecs ou allemands, cartésiens ou matérialistes) se présentent souvent comme des métaphysiques, ou des réflexions plus ou moins polémiques constituant une anti- ou anté- ou -post-métaphysique, cet axe comprendra également les recherches qui tentent de prendre en considération et d’évaluer le renouveau et la pluralité des métaphysiques contemporaines (les métaphysiques de l’objet, de la relation, la métaphysique analytique, le tournant ontologique de l’anthropologie, les nouveaux matérialismes et naturalismes, les empirismes hétérodoxes, etc.).

2. Philosophie du vivant, philosophie des sciences, épistémologies historiques et politiques, épistémologies féministes et décoloniales

L’épistémologie historique telle qu’elle est conçue au sein d’ERRAPHIS est un questionnement sur : les fondements de la science ; les conditions sociales et politiques de la constitution des sciences ; les tensions perpétuellement renaissantes entre naturalisme et normativité, entre un discours du réel et un discours évaluatif. Ces tensions s’étudient dans divers contextes, notamment celui des réflexions sur le vivant – de la philosophie de la biologie et la biologie théorique à la philosophie de la médecine, sans omettre les traditions « biophilosophiques » continentales. Le projet épistémologique ainsi compris tient pour acquis que toute philosophie qui se soucie de la vérité peut ou même doit se soucier des conditions d’émergence des formes plurielles de la vérité, dans son historicité. Comme l’ont soulignés diversement Canguilhem, Foucault et Haraway, la vérité a une histoire et inversement, la manière dont la science « se fait » – qui la fait, quels acteur.es, au prix de quelles exclusions – n’est pas qu’une « matière étrangère » au questionnement philosophique.
Il s’agit évidemment aussi de la l’épistémologie et de la philosophie des sciences humaines et sociales (et, par exemple, du débat entre approches explicatives et interprétatives du social, de l’apport du concept critique d’intersectionnalité), de l’agnotologie, de la tradition de l’empirisme critique en philosophie féministe anglophone, de l’approche féministe de la philosophie et de l’histoire des sciences, des épistémologies du positionnement et des savoirs situés, du féminisme Noir et afrodescendant, marxiste, de la phénoménologie féministe, de l’ontologie sociale, de l’ontologie politique, du perspectivisme décolonial, de l’épistémologie subalterne, des cosmologies antagoniques, des Suds (des absences, des silences) – qui toutes interrogent de façon critique la relation gnoséologique, les processus de constitution et de légitimation des sujets et objets de connaissances, l’anthropologie hégémonique, l’économie néolibérale et impériale des savoirs et productions de connaissances.

3. Philosophie de l’art, subjectivités, pratiques de recherche-création

Dans un horizon où la philosophie ne traite plus l’univers plastique – à la fois la plasticité de la perception elle-même et la plasticité des matériaux créatifs – comme une simple voie d’accès à l’étant, à un univers d’essences intemporelles, la réflexion philosophique sur la création, sur la perception, sur les « territoires perceptibles », prend une forme nouvelle. Dans cette nouvelle topographie, les œuvres artistiques, littéraires, théâtrales, conceptuelles, performatives ne sont plus simplement des objets de réflexion mais des puissances réfléchissantes en elles-mêmes : la steppe, la rue, l’océan pense. Au sein de cet axe se situent notamment les travaux sur ces formes différentes de plasticité, de réception et d’effectivité (par exemple au sein de la lecture et de l'écriture de soi), mais également les questionnements phénoménologiques sur les conditions de l’expérience et les « données immédiates de la conscience » (y compris dans leur rapport à la fiction, aux mondes possibles, aux mondes hallucinés, aux mondes calcinés, abattus, raturés) ; sur le champ du visible et plus largement du perceptible comme sur les cadres dominants de la perception et les limites de ce qui est tenu pour « réel » : inaperçu, inconnu, habituel, normal, vivable, blessable, consommable, ou tuable. On comprendra également ici les recherches en philosophie politique contemporaine sur les devenirs minoritaires, les subjectivations politiques, les dispositifs d’altérisation et d’abjection, sur l’humain-inhumain, l’écopoétique de la création, sur l’ontologie politique.

A ces 3 grands axes, s’ajoutent des « projets transversaux » plus ponctuels (de 6 mois à 2 ans) qui peuvent permettre de croiser différents domaines, bibliothèques, approches critiques, projets et problématiques, communs aux travaux des membres de l’équipe; mais qui peuvent aussi être dédiés à une question émergente, une mission, une enquête exploratoire ou novatrice, une recherche-action.